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HEBDOMADAIRE • N° 28 • 11 juillet 2008
Finances - L'actionnaire est devenu roi à la place du client
Banques cherchent banquiers
Tout est parti du plan de solvabilité présenté par Fortis (la première banque du pays) fin juin, en contradiction avec les déclarations de ses plus hauts dirigeants en assemblée générale des actionnaires quelques semaines auparavant. S'en est suivie une dégringolade du cours de l'action que les justifications embarrassées de ces mêmes dirigeants n'ont fait qu'amplifier. L'actionnaire lambda, mais d'autres professionnels aussi, ont perdu confiance dans la haute direction de Fortis, auteur de cette maltraitance du marché.

Et comme par contagion, l'action d'une autre grande banque belge, Dexia, a été entraînée dans la déconvenue. Si on ne peut plus avoir confiance dans les beaux discours des banquiers, que peuvent alors valoir les protestations des administrateurs de Dexia quant à la sécurité offerte par sa filiale américaine FSA dont le métier à risques, aujourd'hui fort exposés, consiste à assurer des crédits aux Etats-Unis ? Solide, cette filiale ? Allez savoir lorsque des banquiers de premier plan s'autorisent le mensonge.
Mais le problème est peut-être là : avons-nous encore affaire à des banquiers dans ces banques devenues en quelques années des bancassurances et qui n'en finissent pas de digérer une multitude de fusions successives ? Dans La Libre Belgique du 3 juillet, Yves Delacollette, qui dirige la Deutsche Bank Belgique, déclare : "On a assisté en une vingtaine d'années à un renversement de la logique de traitement des "stakelholders", les parties prenantes des entreprises financières. Lorsque j'ai commencé à travailler dans ce secteur, il y avait un ordre de traitement des "stakelholders". En premier, venaient les employés, puis les clients, puis les actionnaires. On peut encore, dans le cas des banques belges, y ajouter l'Etat dont la dette était gérée par les banques. Vingt-cinq ans plus tard, cet ordre a été totalement chamboulé. On privilégie maintenant l'actionnaire, puis l'Etat, puis l'employé et enfin, le client. On répond ainsi à la dictature des gros actionnaires, relayés par les petits actionnaires qui délèguent des spécialistes de la défense des minoritaires. Enfin, qu'il s'agisse du client ou de l'employé, on a ajouté une ségrégation que l'on nomme segmentation. En gros, même si cela risque de choquer, la masse des petits clients ou employés paient pour les gros. Le client de base paie pour le gros client, et l'employé de base risque de payer pour les cadres."

Du fric pour du fric

Ouf, cela décoiffe ! Mais c'est à remettre dans la ligne de cette autre déclaration d'Axel Miller, le patron de Dexia à Trends-Tendances (15 mai 2008) : "L'année dernière, j'ai consacré 30 % de mon temps à filtrer les dossiers qui font du fric pour du fric. Je m'efforce de faire renouer le métier de banquier avec son utilité sociale et publique." Il y a de quoi s'interroger, non ?
La vérité, c'est que les banques ne pratiquent plus qu'accessoirement le métier de banquier. Qui consiste pour l'essentiel à collecter l'épargne du citoyen, à la protéger et à la recycler utilement dans l'économie. Les banques font aujourd'hui ce que faisaient jadis les agents de change, de la gestion patrimoniale ; ce que faisaient les notaires, de la planification successorale ; ce que faisaient des bureaux de courtage, du trading de matières premières et métaux précieux ; ce que faisaient les agents d'affaires, servir d'intermédiaires dans la transmission d'entreprises ; ce que faisaient les cabinets d'avocats, des fusions-scissions acquisitions-restructurations d'entreprises.
Et elles gagnent un argent fou dans la pratique de ces différents services. A l'occasion d'une fusion, elles délivreront une "fairness opinion", sorte d'attestation que les termes de l'échange ont été correctement évalués. Elles la feront payer à prix d'or. Un minimum de travail pour un maximum de profit. Le prix de leur crédibilité, soutiennent-elles. Mais elles prendront grand soin d'entourer leur avis d'un maximum de précautions écartant de facto toute prise réelle de responsabilité.
Or, à la base du métier de banquier, il y a une relation de confiance. Personnelle, bâtie sur une connaissance réciproque, de longue date, discrète, feutrée. Rien à voir avec le brassage d'affaires qui conduit les banques à faire tout et n'importe quoi pourvu qu'il y ait du fric à gagner. La globalisation de l'économie a bon dos qui expliquerait toutes les dérives.
Il est grand temps de revenir aux fondamentaux. Banques cherchent banquiers. Clients cherchent banques.

J.L. Reginster
Dans ce numéro
01 Emploi - Idée noire
02 Emploi - Réforme du travail des étudiants
03 Editorial - Triste parfum de gâchis
04 Soumagne - Implantation commerciale
05 Sécurité - Ne facilitez pas la tâche des cambrioleurs
06 Finances - Banques cherchent banquiers
07 Horeca - Le retour du taux de TVA à 6 %
08 Exportation - Awex : rapport annuel 2007
09 Télécoms - "Trop faciles, les TIC !"
10 Commerce - La folie des promoteurs en chiffres
11 Sondage - Yves Leterme, le mal-aimé...
12 Bruxelles - Commerce 2020, un programme ambitieux
13 Courrier - Résistance irlandaise
14 Télécommunications - Cerner la situation financière d'une entreprise en quelques clics
15 Utilitaire - Camions MAN TGL
16 'Y a de quoi râler !

Source : Union & Actions
Date : 07/11/2008
E-mail : ua@ucm.be

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