S'il demeure des incertitudes relatives à la réalisation complète de Médiacité à Liège, une chose est cependant certaine : son ouverture au public, programmée le 21 octobre prochain, est bien maintenue.
Ce vaste projet d'aménagement urbain de plus de 160.000 m² prend place sur la dernière grande friche industrielle de la ville de Liège, estimée à 6,5 ha. Les derniers chiffres et éléments concrets relatifs à cette énorme réalisation immobilière ne seront révélés par son opérateur principal, le groupe belge Wilhelm & Co, que quelques jours avant son inauguration officielle, mais les proportions sont d'ores et déjà connues et elles impressionnent.
Médiacité, à quelques encablures du centre-ville, se présente en binôme : le Pôle image de Liège (PIL), et le centre commercial et de loisirs. Le PIL, moteur du projet – mais actuellement au cœur d'un désaccord entre les investisseurs – devrait, si tout va bien, accueillir des activités dédiées au secteur de l'audiovisuel : entreprises, studios de télévision (RTBF) et de cinéma, lieux de tournage… 250 techniciens devraient y travailler, avec une centaine de nouveaux emplois à la clé.
Un immense centre commercial et de loisirs constitue l'autre pôle de Médiacité. Il s'ouvrira au public le 21 octobre, malgré certains retards dans sa réalisation. Le volet commercial est assuré par la présence de près de 150 enseignes dont, assure le promoteur-aménageur des lieux, plusieurs sont inédites en Belgique. Du côté des loisirs, le secteur horeca (restaurants, cafés) est bien présent et l'on a prévu une piste de bowling, une patinoire olympique en 2010, un centre de fitness et des salles de cinéma… qui, aujourd'hui, font l'objet d'une autre polémique et ne sont donc pas opérationnels. Le tout desservi par un parking souterrain de 2.350 emplacements.
Séduire l'Euregio
Au total, l'investissement se chiffre à près de 300 millions d'euros (ici aussi, les chiffres ne sont peut-être pas définitifs) et le site devrait permettre à terme la création de 1.200 emplois. Quelque 7 millions de visiteurs y sont attendus annuellement.
Il faut espérer que cette nouvelle construction au gigantisme évident sera un véritable atout pour Liège. Véritable, parce qu'il ne s'agit pas de vider le cœur de la Cité ardente, qui ne serait plus alors qu'un lieu de passage historique dont le secteur immobilier se partagerait entre logements et bureaux. Les promoteurs espèrent attirer des dizaines de milliers de Liégeois mais aussi le million de clients et de consommateurs potentiels résidant dans l'Euregio (Limbourg belge, Maastricht, Aix-la-Chapelle et environs).
Nombreux sont les observateurs qui misent un maximum sur la nouvelle gare des Guillemins conçue par Santiago Calatrava, ainsi que sur Médiacité, que l'on doit à l'architecte designer britannique Ron Arad. Au-delà du talent de ces créateurs innovateurs, c'est à la rencontre des habitants de la ville qu'il faut aller et cela aussi exige sa part de génie.
Une opération strictement immobilière
"Les commerçants indépendants sont ceux qui animent une ville", affirme la secrétaire générale UCM province de Liège, Valérie Saretto. La présence de Médiacité mérite une analyse tout en nuances.
- L'UCM défend les commerçants mais peut-on parler d'une même voix face à l'émergence de complexes tels que Médiacité ?
- Au départ, Médiacité a été perçu comme un projet positif, favorisant la redynamisation du centre-ville et la renaissance d'un quartier, le Longdoz. Bien entendu, il s'agissait d'y réfléchir en termes de "ville globale" sous différents aspects : mobilité, environnement, qualité de vie, etc. L'idée de développer un Pôle image est excellente : des compétences réelles existent à Liège, le secteur s'y fait une place reconnue, ainsi que la formation. Y ajouter des commerces actifs dans le secteur horeca était aussi logique et répondait à des exigences pratiques. Pas de problème non plus en ce qui concerne les activités de loisirs et l'installation de la RTBF. Mais pourquoi avoir évolué vers un centre commercial aussi important ?
- Pourquoi pas ? Ce phénomène ne crée-t-il pas d'emploi ?
- Je ne comprends pas la stratégie poursuivie par les grands groupes. Partout, en périphérie liégeoise, on retrouve les mêmes enseignes, qu'il s'agisse de la vente de vêtements, d'articles électroménagers, de décoration et j'en passe. Et, contrairement à ce que l'on pense, il y a bien moins de créations de postes de travail que de transferts de personnes d'un site à l'autre… en fonction du succès rencontré. Au lieu d'offrir la diversité attendue par les consommateurs, les initiateurs d'un tel projet – mais aussi les décideurs politiques qui les soutiennent – proposent les mêmes produits et services. Plus inquiétant encore, cette attitude tend vers le bas de gamme. Qu'en est-il alors du discours cher à certains sur la mixité, la diversification ?
- Doit-on craindre pour le centre-ville ?
- Le cœur socioéconomique de la ville ne doit sa survie qu'à la volonté farouche de quelques familles historiques. Mais jusqu'à quand ? Ce sont les commerçants indépendants qui animent une ville, ce sont la fidélisation d'une clientèle, le fait de se reconnaître qui la font vivre. Que peuvent-ils donc faire face à ces grands groupes uniquement préoccupés de marges bénéficiaires ?
Patricia del Marmol |