Valeur des titres de société
Introduction
Il est important de distinguer le prix de la valeur.Le prix est la résultante de la rencontre entre une offre et une demande. Une foule d’éléments extérieurs qui n’ont rien à voir avec la valeur peut faire en sorte que le prix soit très différent de la valeur de l’entreprise.
Par exemple :
- le style de vie mené par le cédant : ce dernier pourrait vouloir le maintenir par une vente à un prix très élevé
- l’âge du cédant : plus il est proche de la pension, plus il risque d’être acculé à devoir céder à bas prix
- la rareté de la demande dans certains secteurs ou la difficulté d’entrer en contact avec un cessionnaire
- la possibilité de se faire racheter par un grand groupe : il pourrait souhaiter éliminer un concurrent en mettant le prix fort
Toutefois, la recherche préalable d’une valeur économique est une étape indispensable car cet exercice permettra d’objectiver un prix et d’éviter toute dérive irrationnelle. A partir de cette valeur, des ajustements peuvent jouer de façon à tenir compte d’éléments périphériques, mais cela doit rester des ajustements pour qu’aucune partie ne soit lésée.
Deux grands types de méthode de valorisation
Habituellement, on aborde la valeur des titres de société soit par les éléments d’actif et passif que comporte cette société, soit par sa rentabilité.
Valeur patrimoniale (via les actifs et passifs)
La façon la plus simple de la définir est de calculer l’actif net de la société.
Actif net = total des actifs – dettes
S’arrêter à cette définition serait très réducteur car les valeurs comptables des actifs et passifs ne correspondent pas toujours à leur valeur réelle.
Par exemple :
- le bâtiment peut être amorti ou en cours d’amortissement : sa valeur comptable résiduelle sous-estime la vraie valeur du bâtiment. Il y a une plus-value latente
- certaines créances sont douteuses : il existe un risque de ne pas les récupérer, il y a une moins-value latente
- certains stocks sont invendables : il y a une moins-value latente.
Actif net corrigé
Un bon travail d’évaluation voudrait qu’on tienne compte des plus-values ou moins-values latentes de façon à redonner aux actifs/passifs leur valeur réelle. En définitive, on calcule l’actif net corrigé en augmentant l’actif net des plus-values et en le diminuant des moins-values latentes.Cette méthode a toutefois le désavantage de ne pas aborder la valeur sous l’angle de sa rentabilité. Ainsi, si deux activités avaient le même actif net corrigé, l’une bénéficiaire, l’autre en perte, elles auraient la même valeur selon cette méthode.
Valeur de rendement
Cette méthode de calcul s’intéresse uniquement aux résultats de l’entreprise. Habituellement, on fait une moyenne simple ou pondérée des bénéfices des 3 ou 5 dernières années et on actualise ce résultat moyen à un taux d’un placement sans risque (OLOs 10 ans) augmenté d’une prime de risque et ce pendant une période pouvant aller de 1 à 8 ans (5 ans étant la moyenne).
Actualisation
L’actualisation signifie qu’on retire d’un bénéfice futur attendu le rendement qui aurait été obtenu si cette même somme avait été placée sans risque.La durée d’actualisation est limitée dans le temps car il est impossible de savoir si une activité pourra encore durer 3 ans, 5 ans ou 20 ans.
En fonction des risques du secteur, on prévoira une durée plus ou moins longue. Une actualisation à l’infini, comme on en voit encore régulièrement dans certaines évaluations, nous semble nier la réalité du marché et contribue à gonfler anormalement le prix allongeant ou bloquant inutilement la négociation.
Correction des comptes
A nouveau, se fonder sur le bénéfice sans avoir préalablement analysé les comptes serait réducteur. En effet, certaines charges ou certains produits comptables pourraient influencer la rentabilité de façon anormale. Auquel cas, il faudrait effectuer un travail de "dépollution" des comptes nécessaire à la restauration d’une situation normale en terme de charges et produits.
Par exemple :
- la rémunération de gérant : si la société sous- ou sur-rémunère le gérant eu égard au niveau de compétence exigé par la fonction et au travail fourni, il y a lieu de corriger cette charge
- les amortissements : certains investissements ont été amortis trop rapidement. Il y a lieu de rétablir un niveau moindre d’amortissement
- frais d’exploitation anormaux : certains frais privés sont "malencontreusement" actés comme charges professionnelles, il faudrait supprimer leur impact
- certains frais sont générés du fait d’une gestion inefficiente et sont facilement évitables : il faudrait supprimer leur impact
- des actifs ont été vendus gonflant le résultat : il ne faut pas tenir compte de ce résultat.
Se limiter à une évaluation par les rendements n’est toutefois pas satisfaisant non plus puisque deux entreprises réalisant les mêmes bénéfices, l’une ayant des fonds propres très élevés, l’autre faibles auraient la même valeur.
Conclusion
En définitive, l’évaluateur optera généralement pour une moyenne entre la valeur de rendement et la valeur patrimoniale afin de tenir comptes de deux points de vue.
Voir aussi






