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16 février 2012 | Bruxelles
Le cercueil écologique et responsable
Un entrepreneur bruxellois de pompes funèbres innove avec un cercueil écologique plus vite biodégradable. Ce patron finance en parallèle la plantation d'arbres en Afrique. Il espère aussi inaugurer un nouveau type de cimetière plus nature en Belgique.
"Je propose des cercueils traditionnels bien entendu, comme tous mes collègues, mais je veux me différencier et donner à mon métier un caractère plus vert, plus respectueux du milieu. J'ai donc développé le concept de cercueil écologique. Je suis pour le moment le seul à le faire en Belgique", raconte Patrick Vanhorenbeke. Son entreprise est familiale. "Je travaille avec mon fils et mon épouse, dit-il. Je suis le gérant actif dela SPRL. J'ai 34 ans de métier, dont plus de 30 ans au sein de la même société de pompes funèbres. J'ai créé ma propre entreprise en juillet 2010. C'est une nouvelle structure située à Anderlecht et à Woluwe-Saint-Pierre.
J'ai mis sur le marché, il y a un an, des cercueils écologiques qui sont fabriqués à base de jacinthe d'eau, poursuit l'entrepreneur. Il n'est bien entendu pas question de mettre de l'engrais ou de cultiver cette plante. Ces jacinthes flottent à la surface de l'eau et se révèlent invasives dans bien des cas. Elles ont tendance à étouffer le biotope. Il faut donc les arracher. Nous leur avons trouvé une utilité en nous servant de leurs racines pour fabriquer des cercueils. Nous faisons ainsi d'une pierre deux coups. Selon le même principe, nous employons du pandanus, une plante tropicale très courante en Asie et qui ressemble à un petit palmier."
Origine : Indonésie
Reste que ces cercueils non traités proviennent d'Indonésie où ils sont entièrement réalisés à la main. À première vue, les faire venir d'Asie, ce n'est pas très écologique. "Certes, ces cercueils ne sont pas fabriqués en Belgique. Il y a effectivement le transport à supporter, répond Patrick Vanhorenbeke. Mais hélas, il n'y a quasiment plus de fabricants de cercueils traditionnels dans nos contrées. Ils sont produits dans les pays de l'Est ou viennent d'encore plus loin. Moi, je voulais une gamme écologique et je l'ai trouvée en Indonésie. Et pour compenser les émissions de carbone dues au voyage, nous faisons planter un arbre au Niger pour chaque défunt. Ces plantations luttent contre la désertification en Afrique. Comme nous vivons dans un village global, cette action profite à tous. Nous avons pris un engagement unique dans le milieu funéraire bruxellois : un arbre est planté en souvenir de chaque défunt. Derrière ce geste en apparence symbolique se cache aussi une réelle responsabilisation grâce au programme Tree-Nation ( www.tree-nation.com/). Nous luttons à notre niveau contre la désertification causée par la déforestation, celle qui est en partie responsable du changement climatique. Cette replantation dans les pays en développement permet également de relancer l'économie et de redonner de l'espoir aux populations locales."
Aussi "fairtrade"
Mais au fait, en quoi les cercueils traditionnels en bois seraient-ils moins écologiques ? Patrick Vanhorenbeke estime qu'il "faut utiliser un arbre pour produire un tel cercueil. Et si bien des forêts sont gérées de manière responsable, l'alternative la plus efficace est de ne plus utiliser du bon bois à cet effet. L'autre aspect en faveur du cercueil en jacinthe d'eau, voire en feuilles de bananier, c'est sa biodégradabilité plus rapide. Il faut que le corps retourne vers la terre pour l'inhumation. Nous utilisons d'ailleurs des gaines biodégradables d'ensevelissement pour le corps. Enfin, il est important de souligner la dimension éthique du produit. Car tous ces cercueils sont estampillés 'fairtrade' (commerce équitable), c'est-à-dire que le producteur reçoit une rémunération juste pour son travail. Et il n'est pas question d'exploiter les travailleurs et surtout pas les enfants."
Les clients répondent favorablement à ces arguments. "Les familles étaient surprises au début par l'aspect nouveau du cercueil, ajoute le patron des pompes funèbres. Mais les mœurs évoluent et 10 % de notre clientèle demande ce type de produit aujourd'hui. Nous en vendons désormais plusieurs par mois." Quant au prix ? "Il se situe dans l'entrée gamme en comparaison avec un cercueil en bois. Ce n'est pas plus cher, pas vraiment moins cher non plus. Il faut compter 1.450 euros."
Reposer au pied d'un arbre
Outre le développement de cette gamme de cercueils différents, Patrick Vanhorenbeke a un autre projet nature qui lui trotte dansla tête. Ilrêve de réinventer le cimetière. "J'ai découvert un cimetière en France où il n'y a pas de pierre tombale après la crémation du corps. La famille prend une concession de 15 à 50 ans au pied d'un arbre. Une plaquette d'identification est placée à son pied pour une ou plusieurs personnes. La famille vient y planter des bulbes, des fleurs de saison sur un mètre carré, détaille-t-il. Il y a des bancs pour s'asseoir et le cadre est champêtre. Cela ressemble plus à un parc propre à la méditation qu'à un cimetière. J'ai visité ce cimetière dans la région d'Angers. C'est le seul du genre dans l'Hexagone et j'ai été séduit par ce cadre et ce concept uniques. Je désire transposer cette idée en Belgique, car il est désormais possible de réaliser un espace semblable chez nous. Une réglementation le permet depuis l'an passé. Elle a fortement libéré la disposition des cendres qui peuvent enfin être reprises au domicile par les proches. Il fallait auparavant l'accord du défunt de son vivant, il fallait une trace écrite. Aujourd'hui, la famille dispose des cendres. Ces dernières peuvent être inhumées ou dispersées sur un terrain privé avec l'accord du propriétaire. C'est cet article qui est intéressant. Si le propriétaire d'un beau terrain marque son accord, le projet est concevable chez nous."
Rodolphe Masuy
Funérailles Patrick Vanhorenbeke SPRL
avenue Jules de Trooz 6
1150 Bruxelles
Emploi : 4 personnes, dont des indépendants
02/763.46.00





