Hainaut

Conférence du professeur Capron sur le phasing out

Le professeur Capron (au centre sur la photo) de l'Université Libre de Bruxelles a été accueilli au siège de l'UCM Hainaut par André Dumont (à droite), président de l'UCM Hainaut et Christophe Wambersie (à gauche), secrétaire général de l'UCM Hainaut afin de présenter à une centaine de personnalités représentant les classes moyennes de la Province, l'étude, commanditée par le gouvernement, relative à la programmation de la période de Phasing Out de l'Objectif 1.

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Cette étude vise à fournir un tableau de bord de la structure économique et sociale du Hainaut.

C'est sur cette base que le gouvernement a élaboré son plan stratégique de développement régional.

Rappel

En 1993, le Hainaut est reconnu région en retard de développement. Pour assurer son redéploiement économique, il reçoit une enveloppe d'aide de 60 milliards de BEF sur 6 ans (1994-1999). Incontestablement, les bases de ce redéploiement ont été renforcées mais le professeur Capron note que ces aides ont été insuffisantes pour réaliser un redressement structurel. L'Europe, avec la complémentarité de la Région Wallonne, a décidé d'accorder à la Province du Hainaut un nouveau et dernier soutien (dénommé Phasing Out) pour les années 2000 à 2005 de 25 milliards de BEF.

La politique proposée par le Phasing Out retenue par le gouvernement wallon se base sur 3 axes majeurs :

- assurer le développement économique à travers un soutien spécifique aux petites entreprises ;

- favoriser le développement économique global ;

- insérer les jeunes dans la vie économique.

Cette analyse s'appuie sur le diagnostic socio-économique suivant :

1er constat : de 1993 à 1996, le taux de croissance du PIB continue à décliner.

2e constat : la diversification sectorielle est encore insuffisante. En effet, le secteur industriel et celui des services marchands en Hainaut sont faiblement représentés par rapport au niveau belge. Par contre, le développement du service non marchand est trop important. En effet, les arrondissements tels que Charleroi, Mons, Tournai regroupent le plus d'administrations.

Comment diversifier les activités créatrices d'emplois durables ?

A cette question, le professeur Capron répond :

- par le transfert des technologies vers les secteurs à haute valeur ajoutée ;

- par le renforcement des liens entre entreprises et universités.

3e constat : le niveau de formation de la main-d'œuvre est insuffisant. Pour le professeur Capron, il faut donc renforcer les programmes de formation continue et de recyclage afin de permettre aux travailleurs mis au chômage de retrouver rapidement un emploi. Un autre problème de la main-d'œuvre est celui de la mobilité. A ce stade, ce sont les mentalités qui doivent être modifiées !

4e constat : le Hainaut possède un potentiel touristique qu'il n'exploite pas suffisamment.

En effet, Mons, Charleroi et Tournai sont dotés d'un patrimoine tant architectural et historique que naturel. Il faut donc mettre tout en oeuvre pour développer l'attractivité touristique de cette Province. Un des moyens proposé est de mieux valoriser les sites en assainissant les friches industrielles qui nuisent à l'image. Les zones les plus touchées sont Mons et Charleroi.

5e constat : le Hainaut connaît un déficit important en matière d'activités en recherche et développement. Pour le professeur Capron, ce retard peut s'expliquer par un manque de culture scientifique et une valorisation insuffisante par les entreprises du potentiel universitaire existant dans le Hainaut.

Élaboration d'une stratégie globale

Quelle stratégie de développement adopter pour le redéploiement économique de la Province du Hainaut ?

Le professeur Capron et son équipe proposent plusieurs pistes à exploi-ter :

- tout d'abord, assurer l'accès à la connaissance et sa maîtrise par la techno-globalisation, c'est-à-dire l'internationalisation de la science et la technologie afin de s'intégrer aux réseaux internationaux et développer la capacité du Hainaut à innover lui-même ;

- ensuite, promouvoir l'économie des services ;

- et enfin, stimuler la création de réseaux (appelé clusters).

Depuis la présentation du dossier Phasing Out, la notion de cluster est mise en avant. Mais finalement, qu'est-ce qu'un cluster ?

Selon l'OCDE, c'est un réseau productif formé :

- d'entreprises fortement indépendantes (composées de fournisseurs et sous-traitants) ;

- d'un système de création de connaissances (universités) ;

- d'un système de formation performant ;

- d'entreprises servicielles ;

- d'organes de liaison (consultants, courtiers) et d'intermédiaires ;

- des clients.

Le concept de cluster repose sur des liaisons, des interdépendances et complémentarités entre les acteurs. Les entreprises qui constituent ce cluster coopèrent et forment des partenariats.

Pourquoi les clusters sont-ils plus compétitifs que les firmes isolées ?

Selon le professeur Capron, l'exploitation commune des ressources diversifiées et complémentaires améliore la capacité des entreprises d'un cluster à innover et la vitesse de réaction et de pro-réaction sur le marché. La coopération et le partenariat au sein d'un réseau d'entreprises rendent possibles une combinaison et une allocation optimale des ressources, les acteurs disposent d'une vision claire et commune de la stratégie à poursuivre.

La combinaison optimale des ressources additionnée à la sous-traitance et à la disponibilité de services de haut niveau et d'une main-d'œuvre fortement qualifiée permettent une spécialisation. Ce niveau élevé de spécialisation peut se traduire au travers des exportations en une meilleure exploitation des économies d'échelle et par là une augmentation de la valeur ajoutée qui mène à une augmentation de la productivité assurant la compétitivité au niveau des prix.

A titre d'exemple, des clusters existent déjà dans certains pays :

- dans la région du Québec, des clusters ont été créés dans le domaine des communications ;

- dans le Pays de Galles, une politique est menée visant à créer des clusters technologiques autour de l'industrie automobile ;

- en Allemagne, dans la région de Bade-Wurtemberg, 3 types de clusters ont vu le jour : un cluster de l'industrie des machines-outils, un cluster de l'industrie automobile et un cluster des machines électriques. Ces 3 clusters d'activité forment le squelette industriel de cette région.

Cette politique de regroupement partenariale peut-elle être menée en Hainaut ?

Le professeur Capron répond sans hésitation par la négative.

Pourquoi ? Les exemples cités ci-dessus montrent que ce sont les caractéristiques sociales, les mentalités des acteurs socio-économiques, le hasard, le passé, et les anticipations qui font qu'un cluster émerge. Néanmoins dans notre région, on peut favoriser et soutenir l'émergence de clusters. Le Phasing Out apporte l'opportunité de mettre en oeuvre tous les ingrédients nécessaires à l'émergence de clusters.

Pour cela, les pouvoirs politiques doivent jouer un rôle en mettant en œuvre soit une politique qui assure le fonctionnement parfait et dynamique du marché en abolissant l'ensemble des entraves, soit une politique qui fixe avec les entreprises des stratégies pour le futur.

Incontestablement, l'analyse socio-économique du professeur Capron soutenant la politique de la Wallonie à la fois au sein du Phasing Out hennuyer mais aussi à travers le contrat d'avenir pour la Wallonie met en avant l'absolue nécessité de favoriser le développement économique au travers des entreprises afin de créer de la richesse indispensable au redressement de notre région.

L'élément novateur dans cette philosophie est la détermination stratégique de soutien en faveur des petites entreprises qui fait et développe le tissu économique local.

L'UCM ne peut que souscrire à une telle politique qui donne enfin une importance à nos TPE, importance qu'elles méritent.

S.G.